Octobre 2012 : rencontre Internationale avec les Laïcs à La Puye

Connaître Saint André Hubert

Ordo de Poitiers 1835.

« Prêtre digne d’être proposé en modèle à tous les prêtres, par son humilité profonde, son oraison fervente, son zèle vraiment apostolique, son amour de père pour les pauvres : après s’être fait pauvre lui-même et avoir quitté tous ses biens pour servir librement Jésus-Christ. »

« Par la voix de témoins nous laisser atteindre… »
Rencontre de ce prêtre du 18ème siècle  avec nous  aujourd’hui…
Entre eux – les saints – et nous, cet essentiel  qui rend  proches...

Qui est André Hubert Fournet ?

Prêtre du Diocèse de Poitiers, Curé et Archiprêtre et de St Pierre de Maillé, et pour nous plus directement, Fondateur de la Congrégation des Filles de la Croix, béatifié en 1929, canonisé en 1933.

D’où vient-il ? Le  coup d’œil historique, 1752 - 1834

Il appartient tout à fait à la France de l’Ancien Régime. Sa famille est vraiment représentative de l’évolution qui a lieu dans  la Société et l’Eglise de ce temps là.
Le grand-père d’André Hubert, Louis Fournet, établi à St Pierre de Maillé,  au début du 18ème siècle, est collecteur de la dîme épiscopale sur toute une région. D’une  famille qui s’enrichit et par le fait même, s’anoblit, une  famille nombreuse…le grand père aura dix  enfants, quatre fils seront prêtres, trois  filles religieuses. Louis Fournet meurt en 1765. André-Hubert a alors treize  ans.
Dans la France de cette époque, l’autorité  paternelle est grande et les rites familiaux bien établis : dans cette famille qui a pu acquérir des terres et des titres, on  sera homme d’Eglise, propriétaire terrien ou magistrat !
Le père d’André Hubert, Pierre Fournet de Thoiré, est propriétaire terrien à Pérusse, près de St Pierre de Maillé.
Mais les temps sont en train de changer... dans moins de quarante ans commencera la Révolution Française ! Et les mentalités sont touchées même dans ce qui semble bien préservé.  Aucun des  enfants  de Pierre Fournet  ne se prépare, à une vie d’Eglise, et André Hubert, le plus jeune s’y engagera bien  tardivement, à la joie et la surprise de ses parents.

André Hubert né en 1752 à St Pierre de Maillé. Il est baptisé le 7 décembre par son oncle Antoine Fournet, Curé de St Pierre de Maillé, et Archiprêtre d’Angles. André aura l’enfance d’un  fils de gentilhomme du milieu rural, petit garçon ouvert, généreux, un peu paresseux peut-être, un peu gâté, choyé de sa mère ... une pieuse chrétienne qui désirerait voir un de ses fils prêtre…Est-ce pour avoir trop entendu parler de cela qu’il a écrit sur la page de garde d’un livre : « Ce livre appartient à André-Hubert Fournet, bon garçon qui ne sera ni moine ni curé… ».
Une fugue de son  collège de Châtellerault où il s’ennuie, illustre aussi son adolescence.
On peut se poser la question  de ses très courtes études de droit à Poitiers, qui lui permettent cependant de goûter à la vie des étudiants de cette époque dans cette ville « savante ».  Pourquoi arrêter ses études ?  –  Suite à un engagement dans l’armée, coup de tête irréfléchi, mal vu de la famille, il se voit obligé à une retraite forcée chez un de ses oncles, Jean Fournet, Archiprêtre de Montmorillon, mais vivant dans le minuscule village de  Haims, perdu dans une campagne pauvre… pour André Hubert, ce temps de retraite est un temps de réflexion…et après quelques mois passés près de cet  oncle à la fois savant et proche des gens, il décide d’entrer au Séminaire.

En 1773, il a 20 ans. Le Séminaire de Poitiers où il se présente et est admis pour le dernier trimestre de l’année scolaire, est dirigé par les Lazaristes à cette époque. André Hubert se servira des livres de théologie qui ont servi à ses oncles…des  il fera des études rapides certes mais  correctes…il est prêtre en 1776,
Sa première nomination  l’envoie comme vicaire à Haims pour  un bref séjour près de son oncle, mais où l’on note déjà un fait qui a certainement du sens dans son parcours : son premier sermon  dans l’église du village  se solde par un échec puisqu’il se blottit dans la chaire au moment de le prononcer...  
Envoyé ensuite dans la paroisse St Phèle de Maillé, il aide en même temps son oncle, le curé de St Pierre, Archiprêtre d’Angles.

En 1781, il a alors 29 ans,  il reçoit la charge et le titre de Curé Doyen de St Pierre de Maillé et Archiprêtre d’Angles sur l’Anglin. Il en reçoit aussi les bénéfices et autres prébendes...    Son oncle, à ce poste depuis près de cinquante  ans,  se retire alors dans le domaine familial des Cottés... Le népotisme existait dans l’Eglise de France en ce temps là !
André-Hubert entre ainsi en possession de sa cure en janvier 1782. Il va habiter un grand presbytère, une des plus belles maisons du village, qu’il va faire restaurer et aménager de manière à y vivre confortablement avec sa mère et sa sœur Catherine.

Il a donc 29 ans, une bonne paroisse, de bons revenus, un bon vicaire, (dès 1783, l’abbé Guillon, d’origine plus modeste, originaire de Pleumartin habite près de lui). Il est bien accueilli par toute la population : par  les gens aisés parce qu’à travers les dernières générations, les Fournet sont devenus des gens très aisés, savent bien vivre et se sont fait leur place parmi les châtelains et hobereaux dont les châteaux et gentilhommières  bordent la Gartempe...Il est  bien accueilli par les moins favorisés, parce que les Fournet sont depuis toujours bien connus pour être des gens très charitables… dont la porte est toujours ouverte aux pauvres…
Le Père André Fournet avec sa jeunesse, son abord ouvert et souriant, sa facilité d’accueil de tous et cette aisance de parole qui attire de loin les gens cultivés à ses prêches, est donc admis par toute la population….
Il est un éloquent prédicateur et il met tout son cœur à préparer des sermons dignes de lui et de ses auditeurs les plus instruits. Il en est conscient, d’autant plus que son oncle lui a fait une remarque sur son trop beau langage...digne de gens lettrés ! Mais il objecte que tout est bien organisé dans la paroisse, et que le vicaire, d’un milieu social plus simple, est plus proche des  gens plus simples...
Il vient de commencer une bonne carrière de prêtre bien renté et semble bien installé pour toute sa vie…Comme archiprêtre,  successeur de son oncle,  il se doit de réunir quelquefois  les curés de l’archiprêtré pour des rencontres  que nous qualifierions aujourd’hui de pastorales et il reçoit  alors ses confrères à sa table…

Le changement

C’est à travers  la vie de chaque jour que Dieu fait signe…et bien souvent à travers une rencontre accueillie ou rejetée – cela dépendra de nous – d’un frère ou d’une sœur… visages ou évènements porteurs de sa présence.
Pour André  Hubert Fournet, la tradition a conservé le souvenir de ce mendiant gravissant un jour l’escalier  extérieur du presbytère de St Pierre de Maillé et frappant à la porte toute proche de la salle à manger.
C’est  jour de grande  réception pour un dîner et les invités sont attendus. Le curé est  venu jeter un coup d’œil de maître sur l’ordre parfait  qui règne dans le lieu du repas.
Mais on a frappé... Le prêtre ouvre la porte découvrant ainsi au mendiant qui attend sur le seuil le décor soigné de la pièce et l’odeur appétissante des mets préparés…

« Un peu d’argent, pour l’amour de Dieu, Mr le Curé »

Le pauvre  est là, dans l’embrasure de la porte, présence inopportune et  gênante pour le prêtre... il faut qu’il  parte...il ne convient pas dans ce décor de vie facile. De l’argent, il n’y en a pas dans cette pièce, du moins pas cette  menue monnaie que l’on donne aux pauvres...

« Mon brave, je n’ai pas d’argent, tenez donc un morceau de pain…
Pas d’argent, Mr le Curé ? Mais votre table en est couverte! »

Couverts d’argent, aiguières, chandeliers d’argent…ornent la table. 
Maudissant les curés riches qui ne comprennent rien à la misère des pauvres gens, et  qui ont la bouche pleine de discours sur la charité, le mendiant s’en va…
C’est tout ce que rapporte l’histoire, on ne saura jamais le nom de cet homme ! Pourtant, en y regardant de plus près …
Deux hommes face à face :l’un a devant les yeux, l’étalage de la richesse qui lui est interdite... l’autre, le visage de la pauvreté qui le provoque…deux  hommes : celui que l’on connaît, celui qui parle de Dieu …et l’autre au nom  inconnu (il est « le pauvre »)  et qui, sous ce vocable, appartient aux Béatitudes de l’Evangile…

Cette rencontre va être la cause pour André Hubert d’un changement dans son histoire…Evoquant lui-même ce fait, il dira plus tard, non pas : «  Je me suis converti, » mais « Si vous saviez comme j’étais autrefois, il a fallu qu’un pauvre me fasse vivement  remarquer comment je vivais. »
Le jour où le mendiant est passé, il a reçu ses hôtes… déjà bouleversé. Et puis, il est entré dans son chemin de conversion…très vite, il va faire une retraite à Poitiers...et  la vie va reprendre à St Pierre de Maillé, la même, mais d’une manière différente.
Il y a vécu sans prendre conscience de l’amour de Dieu qui l’attendait…maintenant et il l’a rencontré…Il a besoin de la miséricorde, il est le pauvre qui demande pardon…c’est lui, le pauvre homme !
Découverte  que l’amour, tel qu’il existe en Dieu, est  don… et aussi pardon… Cela l’appellera désormais à  répondre à l’appel de  la pauvreté… de toute pauvreté, le pauvre étant pour lui le messager de Dieu.
Jusqu’à la fin de sa vie, il voudra  être ce qu’il appelle «  un pauvre pénitent » : avoir eu besoin d’accueillir le pardon et de l’accueillir toujours comme une grande grâce…

Il passe, nous dit l’historien, du  temps en prière dans son église, devant le tabernacle…pour adorer et supplier, et c’est une pratique que ses paroissiens bientôt apprendront de lui, tout simplement,  en le voyant faire.
Il vide son presbytère du luxe et du superflu, il vend les meubles de prix, réservant à sa mère et à sa sœur une façon de vivre décente ; il se nourrit du pain des pauvres, se vêt simplement et désormais, les dépenses du presbytère sont autant pour aider les autres que pour répondre à ses propres besoins.
Il passe aussi du temps  à rencontrer ses paroissiens, en particulier  les plus humbles  qu’il apprend à mieux connaître... Il change sa manière de prêcher, les belles homélies à la rhétorique truffée de latin, qui ont fait l’admiration des personnes cultivées se pressant autour de la chaire, font place à des causeries plus simples où la Parole de Dieu est expliquée avec les mots de tous les jours … « Monsieur le Curé, au début, vous prêchiez si bien qu’on ne comprenait pas ce que vous disiez. » lui fera remarquer – bien plus tard – le jardinier des soeurs …

…Changer de mode de vie, si rapidement … réalisons nous ce que cela représente de le vivre sur place…observé par ses paroissiens qui, surpris d’abord, n’en croient pas leurs yeux. Les amis et relations du milieu social qu’il fréquentait davantage  sont étonnés…et restent sceptiques sur la durée possible de ce changement… Mais la conversion du Père Fournet, sous les yeux de ses paroissiens, vaincra l’épreuve du temps…et durera à travers les circonstances imprévues qu’il va avoir à vivre.

Un autre changement

La Révolution, époque pénible  pour l’Eglise de France, alors bien  établie dans le Royaume en cette fin de18ème siècle, va bouleverser complètement toute la société de ce pays. La Révolution, avec ses intuitions généreuses au départ, mais aussi ses contradictions, ses démesures, ses cruautés, ses désirs de libertés durement acquises…  désirs durement réprimés…
Cette période troublée qui suivit de près la conversion  du Père Fournet  fut l’occasion à la fois de grandes générosités et de grandes détresses pour l’Eglise.
Le Père Fournet en a été le témoin inquiet et  l’acteur menacé en tant que membre du clergé…

Il a été témoin des grandes nouveautés dans l’Eglise de son temps et dont on ne sait pas où elles mèneront :

L’abolition des privilèges la nuit du 4 Août 1789 rapprochait l’Eglise du peuple...L’Etat subviendrait aux besoins des membres du clergé, (donc finies la dîme et autres collectes de l’Eglise) et  prendrait en charge les services publics de bienfaisance que celui-ci assurait en principe...
En 1790, la Constitution Civile du Clergé, votée par l’Assemblée va déjà mettre le clergé en situation critique  Il s’agit d’abord d’une restructuration géographique des diocèses…une modification de  leur carte par rapport aux départements nouvellement créés, à un département va correspondre un diocèse… 
Mais c’est le mode de nomination des évêques qui va provoquer les problèmes. Les évêques seront élus,  à partir d’une liste des curés en fonction sur le département, par les mêmes électeurs que les députés, catholiques ou pas, et ces évêques élus n’ont plus besoin de l’investiture canonique du pape…L’Etat Français l’avertira seulement …

Evêques et curés en place devront prêter serment à cette nouvelle Constitution de la Nation Française. Des Prêtres hésitent... bien des évêques de France ont déjà émigré.
Les moines et moniales sont expulsés des monastères confisqués par l’Etat, les vœux et les congrégations des religieux  étant déclarés illégaux…
A la présentation de cette  nouvelle constitution, les évêques français demandent au pape de prendre position  mais Rome tarde et ne donnera sa réponse que  six mois après, pour condamner... Durant ce temps, l’Assemblée Constituante a avancé ses travaux et  le Roi, à son cœur défendant, a signé la Constitution Civile. La France est  devenue schismatique...
Quand il  apprend la réaction du pape, le clergé de  France se déchire...Certains qui ont signé se rétractent... ils seront alors considérés hors la loi et bientôt, à cause de la situation de la Nation Française en Europe, considérés comme des espions anti-français… ! D’autres prêtres refusent de se rétracter pour rester auprès du peuple, ce sont les prêtres jureurs qui, peu à peu, devant la situation concrète,  quitteront le ministère…
Bientôt, en effet  la Révolution devenue la Convention tentera d’évacuer de la vie des Français toute trace de christianisme…même du découpage du temps d’où le calendrier républicain.
De plus l’Eglise est vite disloquée par l’émigration très précoce d’une partie du  haut clergé qui, comme la noblesse dont il est issu,  a émigré à l’étranger.
Déjà,  les armées « européennes » sont en lutte contre la France...Les nobles émigrés sont partis grossir leurs rangs...La menacée extérieure, les insurrections, les difficultés économiques exacerbent l’acharnement de certains citoyens contre ce qui représentait une partie du pouvoir : l’Eglise...

Le Père Fournet fait partie du clergé de ce temps, il en vivra les dilemmes et les souffrances.
Avec ses prêtres réfractaires  à la Constitution Civile, fidèles à Rome,  qui comme lui s’exileront… (Pas tous, certains resteront, et, en ville surtout, pourront y passer toute la  Révolution).  Parmi eux, plus tard des fondateurs de Congrégations…
Avec ses martyrs, les emprisonnés sur les pontons de Rochefort, inhumés à l’île d’Aix, les exilés de Guyane .et tous les guillotinés.
Avec ceux qui adhèreront à la Constitution Civile,  les jureurs, schismatiques donc et pour certains, en toute bonne foi…
Avec ses renégats …
Avec tous les prêtres plus âgés, assignés à résidence et  interdits de ministère…

Et le peuple chrétien, les baptisés… ils sont là…eux,  ils n’ont jamais eu  grand-chose à dire dans l’Eglise à cette époque. Jusqu’alors ils  recevaient  du clergé  quasiment l’essentiel de ce qui faisait  les cadres de leur  vie chrétienne et même de leur vie  sociale…
Les gens vont continuer à se retrouver pour  quelques uns  aussi dans le bâtiment église avec le prêtre jureur,  assermenté… pour le  dimanche…puis pour  le décadi…puis l’église sera fermée…
L’Eglise Constitutionnelle, au départ basée sur des principes peu éloignés de l’Eglise gallicane d’avant la Révolution, ne va pas durer ...Elle va se terminer tristement à travers les outrances qui n’ont plus rien à voir avec l’Eglise chrétienne. En 1793  la déesse Raison...le décadi en seront les tristes reflets.
Il y a des chrétiens qui  ne mettent  pas les pieds aux offices d’un curé jureur… et cherchent quelque part, un prêtre réfractaire…improbable... D’autres attendent ou n’attendent même plus, pour d’autres, tout ceci est du passé.
C’est vraiment l’époque de grande « désinstallation » pour l’Eglise de France

En  Août 1793, le Père Fournet  réfractaire au serment constitutionnel, du moins lorsqu’il en mesure la teneur, obéit aux consignes  données par l’Assemblée des évêques de France (dont la grande majorité a émigré) et part « légalement » en exil en Espagne.
Il va y rester cinq ans.  Depuis  cette longue route périlleuse qui le mène de Poitiers à St Jean de Luz, puis par la mer à St Sebastien... Là une chrétienne, étonnée de voir un prêtre en costume laïc, lui fournit un habit du clergé espagnol. Accueilli dans le diocèse de Pampelune, comme tous ces prêtres, que les évêques espagnols  voient arriver par centaines, il est assigné à résidence dans la petite ville de Los Arcos,...Là, il restera cinq ans. Cinq années sans mission précise, sans responsabilité pastorale, tenté un moment par  la vie monastique

Les prêtres français ne sont autorisés qu’à célébrer la messe en privé...et visiter les malades et .les prisonniers. Le temps va sembler long au Père Fournet, même s’il donne quelques cours de français et chaque jour fait le chemin de Croix qui le mène,  à travers les oliviers, sur une colline, jusqu’à la Chapelle de la Résurrection.
Avec son ami, le Père Grattereau, prêtre du diocèse de Poitiers  qu’il rencontre quelquefois, il décide de faire le pèlerinage de St Jacques de Compostelle...il tombe malade en route et est obligé de rebrousser chemin… il pense ensuite entrer chez les Carmes...Mais sa mission le tourne vers St Pierre de Maillé…Que sait-il de sa paroisse et de tous ces paroissiens qui lui ont été confiés par son évêque et dont il se sait toujours responsable?

Printemps 1797...A-t-il eu quelques nouvelles de France ? Pourquoi ce retour à ce moment là? Le petit cheval andalou bien chargé pour le voyage va le ramener au pays. Cheval de contrebandier ? prenant le galop à la vue des uniformes...à la frontière...à Bordeaux…
Il aura deux laissez-passer, l’un lui donne un droit de visite à St Pierre de Maillé,  l’autre est préparé pour qu’il puisse repartir...
Qui les a signés ou fabriqués ? Dangers de tous les temps et lieux...

A l’arrivée au pays, St Pierre de Maillé ne peut l’accueillir, sa mère est décédée, sa  sœur vit dans une famille du bourg...Mais surtout, il y a une recrudescence de recherche des prêtres réfractaires à cause du débarquement royaliste  sur la côte de l’Atlantique comme si tous  étaient des royalistes acharnés...
L’administration est au courant de sa présence…Il est poursuivi, pisté par les gendarmes...Il se cache.
Il se retrouve proscrit,  face à ce qu’il sent que lui demande son ministère, sans appui fraternel d’autres prêtres, dans la solitude, la pauvreté, et là, il  est accueilli et réconforté par ceux  à qui il venait transmettre l’Evangile.

Obligé de se cacher chez les paysans, il est plus que jamais  témoin des misères physiques et morales du petit peuple qui l’accueille.  Pour soutenir la foi de ce peuple,  il va  tenter de le réunir  pour des messes clandestines dans des lieux proches de St Pierre de Maillé.…
Dénoncé, poursuivi par les gendarmes, il doit changer constamment de refuge. (« Il faut qu’ils soient bien maladroits ! ») Episode de la croix de Busserais...
Il tombe malade, en péril de mort,  mettant en difficulté la famille qui le cache…

Revenu pour rejoindre ses ouailles, pour leur apporter la Parole et les gestes de l’Evangile, il est en butte aux mille obstacles qui s’y opposent... Il lui est presqu’impossible de communiquer avec le peuple....
Mais cela va devenir finalement une grâce, qui  va rejaillir sur la vie du Père Fournet et imprégnera  sa pastorale.
Ce qu’il ne peut pas faire lui-même, d’autres, à leur place, à leur façon, l’accompliront.

Il célèbre, quand il le peut, ce qui est le propre de son ministère, des baptêmes qu’il inscrit sur son bréviaire, des messes clandestines qu’il célèbre  la nuit  dans des maisons, des granges…

C’est à l’une de ces messes, dans aux Petits Marsyllis de St Pierre de Maillé, que va se présenter Elisabeth Bichier des Ages. Une jeune fille de 24 ans, de l’ancienne noblesse française dont la famille vient de vivre la Révolution de plein fouet. Elle a dû se battre avec beaucoup d’intelligence, au nom de sa  famille, pour sauver le patrimoine  des griffes des lois révolutionnaires… Elle est riche mais après avoir payé un lourd tribut à la Révolution…Jeune fille à la foi solide, pieuse, attirée par une vie monastique qui n’existe plus en France, , elle cherche, dans le désert religieux qu’est apparemment ce pays, le guide spirituel qui lui indiquera la route qu’elle doit suivre…Où Dieu l’attend il ?

La  rencontre avec le Père Fournet, lors de cette messe restera mémorable pour elle. 
Dans la grange où elle arrive pour cette messe de nuit, le prêtre est en train de confesser. Les gens s’écartent pour laisser passer au premier rang cette fille que son  vêtement signale comme n’étant pas de leur milieu simple …
Et un dialogue s’établit : « Croyez-vous,  Madame,  que je vais laisser pour vous entendre ces mères de famille et ces paysans venus de plusieurs lieux pour réclamer mon ministère ? »
«  Mais mon Père, il suffira que vous m’entendiez après eux, j’attendrai. »
Elle attendit cinq heures. Elle  lui parle de cloître. Il lui  parle de mission, de mission qu’il ne peut accomplir lui-même.
Le contact permanent avec des gens, dont il voit les besoins  tant sur le plan matériel  que spirituel, mais pour lesquels il ne peut s’investir,  le provoque à demander à cette femme, et à d’autres femmes, des chrétiennes toutes simples, de porter, à sa place, la parole de foi : le catéchisme, de réunir les gens pour prier…et à celles qui le peuvent, de soigner les malades et d’accompagner et de consoler les mourants …
Elisabeth Bichier et sa servante, comme d’autres,   seront envoyées en mission…
Elisabeth repart  de cette messe de nuit marquée pour toujours : « C’est   dira-t-elle plus tard aux sœurs,  le Bethléem de la Congrégation »  Une Congrégation religieuse qui naîtra dix  ans plus tard à l’oratoire de Molante, à St Pierre de Maillé.

Dix ans après, le Père rappelle à St Pierre de Maillé,  Elisabeth Bichier des Ages qui a voulu partir  à Poitiers se former  pour connaître la vie religieuse, il  lui écrit :
« A quoi pensez-vous de prolonger votre séjour dans une maison de paix, alors que Dieu vous appelle au combat ? Hâtez vous de venir ici, il y a des enfants qui ne connaissent pas…, de pauvres malades  étendus sur leur lit, sans secours, sans consolation, venez les soigner, les préparer à la mort… »
Elle revient, et c’est, à St Pierre de Maillé, en 1807,  la Fondation  de la Congrégation…

En 1820, l’évêque de Poitiers lui demande  au Père Fournet de quitter la paroisse dont il est curé depuis près de quarante  ans  et de suivre la communauté des sœurs à La Puye.  Il obéit, bien sûr…Du moins laisse-t-il à St Pierre de Maillé, comme successeur Louis Forget, un de ces jeunes qu’il avait pressenti pour le sacerdoce.
Le Bon Père  restera à La Puye jusqu’à sa mort en 1834. Quelques voyages pour visiter son évêque à Poitiers et visiter les sœurs …Sa tâche sera désormais de les former, pour le service des petits et des pauvres qu’elles devront « Enseigner et Guérir »  à la suite de Notre  Seigneur Jésus.
On dit que la porte du presbytère de Maillé était toujours ouverte après le passage du mendiant….Celle de la maison du Bon Père à la Puye l’est aussi

Elisabeth  revient donc et se met à l’œuvre  avec des compagnes. Leurs vœux religieux sont émis en 1807 à St Pierre de Maillé, en présence du Père Fournet.  Il espère  que la communauté pourra être agrégée à une Congrégation déjà existante …mais ce n’est pas possible !  Et la Congrégation des Filles de la Croix commence, en 1811…
La Sœur Elisabeth – Ste J.E. B.des Ages – en  sera la Supérieure et le Père Fournet, le Père spirituel. Il fera entièrement confiance à la fondatrice pour ce qui est de l’administration et de la gestion de la Congrégation.
Mais bientôt, le soin  la vie spirituelle des religieuses devenues nombreuses  et qui essaiment  jusqu’en région parisienne et  le souci de son immense paroisse de St Pierre de Maillé, qui a absorbé la paroisse St Phèle, et pour laquelle il est aidé par un vicaire cependant,  dépassent ses forces. 
En 1820, -  il a près de 70 ans -  l’évêque de Poitiers lui demande de quitter sa paroisse dont il est curé depuis près de 40 ans  et le ministère paroissial et de suivre la communauté des sœurs à La Puye. Il obéit, bien sûr…Du moins laisse-t-il à St Pierre de Maillé, comme successeur Louis Forget,  qui 13 ans auparavant,  était un de ces jeunes qu’il avait pressenti pour le sacerdoce.
Le Bon Père  restera à La Puye jusqu’à sa mort en 1834. Quelques voyages pour visiter son évêque à Poitiers et visiter les sœurs …
Sa tâche sera désormais de les former, pour le service des petits et des pauvres qu’elles devront « Enseigner et Guérir »  à la suite de Notre  Seigneur Jésus.

La Sœur Elisabeth avait fait arranger pour lui et sa sœur une maison jouxtant la communauté…et donnant sur une cour ouverte…sur la rue.
Toute proche, l’église paroissiale,  ancienne chapelle d’un monastère fontevriste, et qui servait  aussi de chapelle à la Communauté. Le Père y passait des heures et des heures pour la confession des sœurs.
Elle l’est à tous, à ceux qui viennent pour lui parler, à ceux qui ont besoin de quelque chose, qui n’ont  pas osé demander aux sœurs mais qui osent avec lui, lui qui, lorsqu’il est malade, fait monter le visiteur, fut-il un mendiant, dans sa chambre et le fait s’asseoir près de lui devant la petite cheminée….
Tout à côté est son minuscule bureau  d’où partiront tant de lettres aux sœurs, lettres péniblement écrites de sa calligraphie tremblée, porteuses  d’encouragements, de conseils et si souvent en référence au Christ de la Crèche, de la Croix et de l’Eucharistie…

Le 13 mai 1834, le Bon Père quitte cette vie. …
et voilà que  les sœurs qui l’ont soigné et entouré jusqu’alors doivent, ce jour-là,  laisser la place près  du lit mortuaire aux  gens venus des villages et des hameaux voir pour une dernière fois le bon Père et faire toucher chapelets ou mouchoirs…
Ils disent : « Le saint est mort ! ».
C’est en 1933 que notre Bon Père sera canonisé…
Il nous laisse à nous Filles de la Croix, son testament  spirituel, une parole forte écrite de sa main  vers  la fin de sa vie et que nous aimons accueillir sans cesse  et  partager parce qu’il parle de l’essentiel ; un texte où il nous donne rendez vous avec lui pour  adorer la Très Sainte Trinité…

C’est son message d’adoration.

Il y a un autre message, message oral, qui date de quelques jours avant sa mort. Nous y recueillons son souci évangélique de la mission.

A  la sœur qui l’accompagne, il dit :
«Ma Sœur,  allez donc vous informer des besoins des pauvres… »
« Mais, mon Père, s’ils ont besoin, ils viendront bien ! »
« Non, ma fille, le surplus de ce que nous avons leur appartient, il faut le leur porter ! »
« Mais  alors, mon Père, combien faut-il donner ? »
« Ah ! À   pleines mains, ma fille, et sans compter. »
C’est cela le Bon Père…

Cet amour gratuit le fait vivre  depuis la rencontre à l’escalier. 
…Sans compter ! Démesure de la Charité…bien sûr. Le Seigneur sait toujours pourvoir aux besoins de celui qui prenant sur ses petits moyens… donne avec un grand cœur !

Mais, à recueillir cette parole, nous sentons bien  que « à pleines mains et sans compter » a quelque chose à voir avec l’amour que Dieu prodigue,  l’amour miséricorde,    que le simple et modeste curé de Maillé avait si bien compris,  qu’il a puisé dans sa vie de prière auprès de l’autel et qu’il a voulu transmettre en paroles, en actes…

C’est son message de Charité.

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