lettre à soeur suzanna

119        À Sœur Suzanne.

23 avril 1832.

À Madame Suzanne, religieuse, supérieure des Filles de la Croix de la maison de charité et d’instruction chrétienne, par et près Paris, à Mantes.

Loué soit N.S. Jésus-Christ.                                                                 La Puye, le 23 avril 1832

            Ma révérende Sœur,

            Le Maître, ou plutôt le divin Époux que vous avez choisi, désirait mourir pour vous avant de vous avoir créée. « Je dois être baptisé d’un baptême de sang, disait-il, il me tarde que le moment soit arrivé ».

À l’exemple de ce divin Modèle, combien de martyrs, combien de vierges, de simples chrétiens ont préféré la mort à la vie ! « La mort est pour moi un gain et je désire que mon corps soit détruit pour être uni à mon Seigneur Jésus-Christ, disait l’un d’eux. Je veux être dévoré par les bêtes ; si elles veulent m’épargner, je les provoquerai. Je suis le froment de Jésus-Christ ; je désire être moulu par lui. » Gardons-nous donc bien, ma Sœur, de partager cet aveuglement déplorable qui fait craindre le choléra plus que le péché. Que devons-nous faire dans ce temps de calamités en tous genres ? Le choléra est une des moindres : la perte de la foi, l’aveuglement spirituel, la mort dans le péché, l’impénitence, sont les plus terribles.

            Que devons-nous faire, dis-je ?

1) Nous humilier sous la main puissante de Dieu, en reconnaissant que c’est à juste titre que nous souffrons, parce que nous avons péché. Bien loin d’accuser nos frères d’avoir attiré la colère du Ciel sur nous, confessons que nous sommes les plus coupables et que nous avons plus de part que qui que ce soit aux péchés qui ont irrité Dieu. Nous devons être tout couverts de confusion, à l’imitation des prophètes et des saints pénitents.

2) Nous devons nous convertir à Dieu de tout notre cœur, nous détachant de tout et de nous-mêmes, nous purifiant du vieux levain de l’amour-propre, source de tant de péchés !

3) Nous devons prier nuit et jour pour l’Église, pour le pauvre peuple enseveli dans l’horreur des ténèbres et exposé à être englouti dans les ténèbres éternelles.

4) Nous devons sacrifier tout pour ne pas rester un instant dans l’état où nous ne voudrions pas mourir, faire toutes nos actions comme nous voudrions les avoir faites à l’heure de la mort et ne jamais faire ce que nous ne voudrions pas avoir fait en ce dernier moment, ne pas oublier de faire ce que la mort fera, savoir : nous détacher de tout, même de notre corps qu’il nous faudra quitter. Jamais la conviction de la mort, la vigilance contre la mort, la pratique de la mort ne furent plus nécessaires.

            Pratiques :

1) Trois fois par jour, prosternée, les lèvres collées sur le crucifix, répétez : Parce  etc.

2) La prière dans le Formulaire pour le Carême.

3) Mourir tous les jours à un défaut et ressusciter à une vertu.

4) Un jeûne par semaine, le vendredi.

5) Visites au Saint Sacrement et prière à la Sainte Vierge – Memorare – et à saint Roch.

6) Offrande des communions en échange de satisfactions, dont nous sommes redevables à Dieu, des peines et des châtiments qui nous sont si justement dus. Pratiquer une humiliation, souffrir une peine et se priver d’un plaisir par jour, sinon s’offrir, du moins se dévouer à Dieu en état de victime, et être disposé à voler au secours des malades, même du choléra, à la première réquisition qui en sera faite.

            Je vous bénis, je vous salue en N.S. et suis votre serviteur.

André, supérieur.

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