A une soeur d'Igon

67  À une Sœur d'Igon              3 juillet [1829].

Ma respectable Sœur en Notre-Seigneur Jésus,

Soyez toujours docile au Saint-Esprit, et bientôt vous serez instruite du chemin étroit qui seul peut vous conduire au ciel.
Vous me faites un tableau de votre vie qui est bien affligeant s'il n'est pas exagéré. Quoi ! vous servez un Seigneur, un Maître, un Époux qui vous dit : « J'ai donné ma figure pour recevoir des crachats, mes joues pour être souffletées, mon dos pour être fouetté, mes mains pour être clouées sur la croix, et vous, vous ne voulez rien souffrir. J'ai obéi, jusqu'à la mort, aux plus grands pécheurs, et vous désobéissez, murmurez, scandalisez. Ne savez-vous pas que refuser la croix, c'est refuser le ciel ? »
Dieu se retire dans la méditation parce qu'il n'habite point dans la dissipation, l'indépendance et l'indocilité. Sans le silence intérieur et extérieur possible on n'est religieux que de nom. Refuser de renoncer à ses défauts pour se rendre digne de communier, c'est ne vouloir point de Dieu ni en ce monde ni en l'autre. Sans l'imitation de N.S. Jésus, point de bonnes communions. Sans bonnes communions, point de courage pour se convertir. La rechute renferme l'ingratitude, la révolte, la soustraction des grâces.
Les pensées les plus sales ne sont point des péchés. Voyez les prêtres avec les yeux de la foi et non avec les yeux de la chair. Les mouvements, les désirs involontaires ne sont point des péchés quand on n'y donne point d'occasion. Tout ce qui est en nous malgré nous n'est pas péché ; c'est notre volonté qui nous nuit, et non nos songes.
Si vous vous êtes éloignée de Dieu, l'humilité, la docilité, la régularité vous en rappro-chent. Si le monde est dangereux pour vous, si vous n'avez point de zèle pour l'instruction des enfants, si vous n'avez point de courage pour vous vaincre vous-même, si votre cœur revient souvent aux désirs terrestres – surtout de vanité, de sensualité, d'impureté –, vous serez la même dans une communauté cloîtrée parce qu'on se porte et on se trouve partout. Cependant il y a moins de danger dans le cloître que dans nos établissements et, si le Saint-Esprit vous y appelle, je ne vous empêche pas d'y aller. La Sœur Saint-Michel, qui y était allée, est revenue à La Puye. Cependant il y a moins de dangers dans la retraite que partout ailleurs. Les Carmélites paraissent bien régulières. Il faudrait une dot plus considérable. Tâchez de bien connaître et accomplir la très sainte volonté de Dieu.
Il faudra venir aux vacances après la Notre-Dame d'août. Nous tâcherons, s'il est possi-ble, de vous envoyer chercher. Nous écrirons à cette époque.
Je salue en N.S. Jésus la Sœur Perpétue. Je lui conseille et lui donne pour pénitence l'amour, la confiance, et la joie ; je donne à l'autre le désir du ciel, la paix et les consolations du Saint-Esprit.
Je vous bénis toutes et suis votre dévoué serviteur et frère.
André.




lettre à soeur suzanna

119        À Sœur Suzanne.

23 avril 1832.

À Madame Suzanne, religieuse, supérieure des Filles de la Croix de la maison de charité et d’instruction chrétienne, par et près Paris, à Mantes.

Loué soit N.S. Jésus-Christ.                                                                 La Puye, le 23 avril 1832

            Ma révérende Sœur,

            Le Maître, ou plutôt le divin Époux que vous avez choisi, désirait mourir pour vous avant de vous avoir créée. « Je dois être baptisé d’un baptême de sang, disait-il, il me tarde que le moment soit arrivé ».

À l’exemple de ce divin Modèle, combien de martyrs, combien de vierges, de simples chrétiens ont préféré la mort à la vie ! « La mort est pour moi un gain et je désire que mon corps soit détruit pour être uni à mon Seigneur Jésus-Christ, disait l’un d’eux. Je veux être dévoré par les bêtes ; si elles veulent m’épargner, je les provoquerai. Je suis le froment de Jésus-Christ ; je désire être moulu par lui. » Gardons-nous donc bien, ma Sœur, de partager cet aveuglement déplorable qui fait craindre le choléra plus que le péché. Que devons-nous faire dans ce temps de calamités en tous genres ? Le choléra est une des moindres : la perte de la foi, l’aveuglement spirituel, la mort dans le péché, l’impénitence, sont les plus terribles.

            Que devons-nous faire, dis-je ?

1) Nous humilier sous la main puissante de Dieu, en reconnaissant que c’est à juste titre que nous souffrons, parce que nous avons péché. Bien loin d’accuser nos frères d’avoir attiré la colère du Ciel sur nous, confessons que nous sommes les plus coupables et que nous avons plus de part que qui que ce soit aux péchés qui ont irrité Dieu. Nous devons être tout couverts de confusion, à l’imitation des prophètes et des saints pénitents.

2) Nous devons nous convertir à Dieu de tout notre cœur, nous détachant de tout et de nous-mêmes, nous purifiant du vieux levain de l’amour-propre, source de tant de péchés !

3) Nous devons prier nuit et jour pour l’Église, pour le pauvre peuple enseveli dans l’horreur des ténèbres et exposé à être englouti dans les ténèbres éternelles.

4) Nous devons sacrifier tout pour ne pas rester un instant dans l’état où nous ne voudrions pas mourir, faire toutes nos actions comme nous voudrions les avoir faites à l’heure de la mort et ne jamais faire ce que nous ne voudrions pas avoir fait en ce dernier moment, ne pas oublier de faire ce que la mort fera, savoir : nous détacher de tout, même de notre corps qu’il nous faudra quitter. Jamais la conviction de la mort, la vigilance contre la mort, la pratique de la mort ne furent plus nécessaires.

            Pratiques :

1) Trois fois par jour, prosternée, les lèvres collées sur le crucifix, répétez : Parce  etc.

2) La prière dans le Formulaire pour le Carême.

3) Mourir tous les jours à un défaut et ressusciter à une vertu.

4) Un jeûne par semaine, le vendredi.

5) Visites au Saint Sacrement et prière à la Sainte Vierge – Memorare – et à saint Roch.

6) Offrande des communions en échange de satisfactions, dont nous sommes redevables à Dieu, des peines et des châtiments qui nous sont si justement dus. Pratiquer une humiliation, souffrir une peine et se priver d’un plaisir par jour, sinon s’offrir, du moins se dévouer à Dieu en état de victime, et être disposé à voler au secours des malades, même du choléra, à la première réquisition qui en sera faite.

            Je vous bénis, je vous salue en N.S. et suis votre serviteur.

André, supérieur.

lettre 150

150           À Sœur Marguerite, à Sœur Saint-Julien, à Sœur Saint-Honoré

                        et à Sœur Saint-Ambroise.

20 juin [1833].

À Madame Marguerite, religieuse, supérieure de l’hospice de Patay, près Orléans. Par Orléans, à Patay.

            Ma Sœur Marguerite,

            Puisque N.S. Jésus vous fait part de son humilité et de sa grandeur, imitez ce divin Modèle : soyez au milieu de vos Sœurs et de la paroisse comme la servante de tous. Qui est plus supérieur que N.S. Jésus ? et qui est plus inférieur ? Il ne paraît rien ; soyez donc cachée avec lu mais que l’exemple de toutes ses vertus paraisse en vous. Oh ! surtout, que l’ordre, la Règle, la charité, le silence possible, les examens, la visite, la lecture, l’oraison, les élévations de cœur, que tout cela règne et le divin Jésus se plaira en vous comme dans le Ciel et vous lui ferez réparation du passé.

            Ma Sœur Saint-Julien,

            Où êtes-vous ? En Dieu, avec Dieu. Venez-vous de Dieu ? À qui appartenez-vous ? À Dieu. Oh ! ne vivez donc que pour Dieu. Êtes-vous plus occupée du Père, du Fils et du Saint-Esprit que de toute autre chose ? L’état, la vie cachée de N.S. Jésus-Christ sont-ils la règle de votre conduite ? C’est pour cela qu’il est chez vous, pour être votre modèle.

            Vos malades sont-ils aussi contents de Sœur Ambroise que de Sœur Saint-Martial ? Si Monsieur Gassau et les Sœurs aiment mieux Sœur Saint-Martial, on pourrait faire l’échange.

            Vous viendrez aux vacances.

            Ma Sœur Honorée,

            Puisque vous êtes toujours malade, il faut venir à La Puye pour guérir votre âme et votre corps.

            Vous rappelez-vous de cette petite Forget, pieuse, humble, docile, fidèle à ses devoirs ? Je crains qu’elle ait disparu et qu’Honorée Forget, souvent sans attention à la présence de N.S. Jésus avec qui elle demeure, sans imitation de ce divin Modèle, sans crainte de lui déplaire, sans reconnaissance de ses bontés, en ait pris la place. Oh ! ma Sœur, qu’il est dur le cœur qui demeure avec Jésus sans s’occuper de lui, sans union avec lui et sans faire paraître dans sa conduite les vertus de ce divin Chef ! Soyez donc un autre Jésus sur la terre, et vous serez Jésus-Christ dans le Ciel.

            Ma Sœur Ambroise,

            Vous savez que vous avez ressuscité à La Puye ; n’êtes-vous pas morte à Choise ? Oh ! ne vivez donc plus à Patay, mais que ce soit Jésus qui vive en vous.

           

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus, et suis votre serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

Sœur Saint-Sébastien est à l’agonie. Sœur Modeste est poitrinaire. Priez pour nous tous.

 

À Sœur ...

 

134         À Sœur Alexis.

vers janvier 1833.

À la vénérable Sœur Marie-Alexis, religieuse à Avanton.

            Ma révérende Sœur,

            Lorsque l’archange Gabriel annonça à la divine Marie que Dieu l’avait choisie pour être la mère de son divin Fils, elle se soumit en disant : « Je suis la servante du Seigneur ».

Voilà ce que vous devez faire, ma chère Sœur, en acceptant l’administration de l’établissement d’Avanton. Nous vous choisissons pour en être supérieure. Vous tâcherez de faire régner dans tous les cœurs, des enfants, des Sœurs et des paroissiens, l’esprit de Jésus-Christ mort et vivant pour nous.

Ne répliquez rien que les paroles de notre divine Mère : « Je suis la servante du Seigneur ».

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus-Christ et suis votre serviteur.

André, supérieur.

 

À Sœur Alexis

134         À Sœur Alexis.

vers janvier 1833.

À la vénérable Sœur Marie-Alexis, religieuse à Avanton.

            Ma révérende Sœur,

            Lorsque l’archange Gabriel annonça à la divine Marie que Dieu l’avait choisie pour être la mère de son divin Fils, elle se soumit en disant : « Je suis la servante du Seigneur ».

Voilà ce que vous devez faire, ma chère Sœur, en acceptant l’administration de l’établissement d’Avanton. Nous vous choisissons pour en être supérieure. Vous tâcherez de faire régner dans tous les cœurs, des enfants, des Sœurs et des paroissiens, l’esprit de Jésus-Christ mort et vivant pour nous.

Ne répliquez rien que les paroles de notre divine Mère : « Je suis la servante du Seigneur ».

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus-Christ et suis votre serviteur.

André, supérieur.

À un directeur de journal

29 mai 1820

Tout pour la plus grande gloire de Dieu.

Monsieur,

Les missions, dont les effets sont de plus en plus salutaires, ont fait apercevoir à bien des supérieurs, soit en qualité de pasteurs, soit en qualité de pères, de parrains et de maîtres, qu’ils n’avaient point rempli leurs devoirs envers leurs inférieurs. Pour remédier à ce désordre, ils désirent rendre publique une lettre qui renferme un abrégé des principaux devoirs de la religion. Votre dévouement au service de vos abonnés, qui ne sont pas tous sans reproche à l’égard du manquement dont il est question, m’a fait croire que vous ne refuseriez pas d’insérer dans votre journal cette lettre que je prends la liberté de vous communiquer en vous priant d’ajouter ou de retrancher ce qu’il vous plaira. Le style n’est pas celui du jour, mais il vaut mieux se faire comprendre que de se faire admirer.

Lettre d’un supérieur à ses inférieurs
sur les principales vérités de la religion.

Monsieur,

Toutes les créatures qui vous environnent s’empressent à vous servir pour obéir à l’ordre qu’elles en ont reçu du Créateur, qui ne leur a donné les qualités et les différentes propriétés que vous admirez en elles que pour vos différents besoins. Vous recevez non seulement sans peine mais encore avec plaisir tous les services que chacune de ces créatures vous rend à l’envi. 

J’ai l’honneur moi aussi d’être la créature de Dieu, qui m’ordonne comme aux autres de vous servir. En me choisissant pour votre supérieur, soit en qualité de pasteur soit en qualité de parrain ou de maître, Dieu m’a chargé de veiller à la garde de votre personne, en me menaçant d’en rendre compte âme pour âme. Permettez-moi, Monsieur, d’obéir à un ordre si pressant, si rigoureux, et de remplir ma tâche en rappelant à votre souvenir que la religion dans laquelle vous êtes entré par le baptême impose des devoirs imprescriptibles par rapport au prochain et par rapport à soi-même.

1° Par rapport à Dieu, elle ordonne de dépendre de lui en toutes choses de manière à ne jamais rien faire sans sa permission, de vivre pour lui de manière à ne rien faire par intérêt, par plaisir, par vanité mais tout pour lui plaire et le servir : « quoi que vous fassiez, ou en parlant ou en agissant, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la gloire de Dieu » , dit l’Esprit Saint. De là, la loi de rendre compte d’une parole inutile, d’un moment perdu ou mal employé, de l’abus des moindres choses. Elle ordonne de l’aimer plus que soi-même, d’un amour de préférence, de perdre tout et la vie même plutôt que de consentir à l’offenser, de tout attendre de sa bonté, de reconnaître que toute grâce et tout don parfait vient de lui, qu’il ordonne d’honorer son saint nom de manière à être pénétré du plus grand respect intérieur et extérieur quand il s’agit de lui rendre ses devoirs dans la prière. Le corps est sa créature rebelle ; il doit se tenir dans l’abaissement et la souffrance. L’âme est sa créature révoltée ; elle doit se tenir dans l’humiliation et l’affliction.

Cette religion sainte ordonne de sanctifier les jours consacrés à l’honorer en assistant aux divins offices, non pas seulement de corps mais en esprit, s’appliquant intérieurement à reconnaître son néant, à remercier son Créateur, à lui demander ses besoins et surtout ses grâces. C’est spécialement en assistant au sacrifice du Dieu qu’on adore qu’on doit donner des preuves de sa religion. À la vue de cette victime immolée, peut-on s’empêcher de prendre la dernière place, la position la plus humble, pour peu qu’on sente la distance de la créature au Créateur ? 

Notre religion ne se borne pas à nous ordonner d’adorer notre Créateur, elle nous fait encore un précepte de le recevoir, de nous en nourrir. Tel est l’amour de Dieu pour ses créatures que, peu content de nous avoir tout donné pour nos différents besoins et même nos plaisirs nécessaires et légitimes, peu content de s’être tout dévoué au service de l’homme et comme créature et comme Créateur, peu content d’être devenu le frère de l’homme en se faisant homme lui-même exprès pour mourir pour les hommes, peu content de s’être immolé dès sa naissance sur une poignée de paille, pendant sa vie [couché] sur la terre, à sa mort cloué sur un morceau de bois, il veut encore demeurer en nous et que nous demeurions en lui. « Celui qui me reçoit demeure en moi et je demeure en lui », nous dit-il. C’est pourquoi il daigne s’ajouter lui-même à tous ses dons en se donnant pour notre nourriture : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ; prenez et mangez, ceci est mon corps. » Tel est le grand miracle qu’il continue de faire dans l’eucharistie en changeant le pain en son corps par le ministère de ses prêtres. De là, le grand précepte de communier dignement : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez point la vie en vous. »  À la suite du précepte du Seigneur, vient celui de son Église aussi infaillible que lui-même : « Ton Créateur tu recevras au moins à Pâques humblement. ». 

2° La religion impose de grands devoirs par rapport au prochain. Elle ordonne de lui faire tout ce que nous voulons qui nous soit fait à nous-mêmes et défend de lui faire ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Elle ordonne de l’aimer comme soi-même, de le servir, de lui prêter sans aucun intérêt, de lui pardonner du fond du cœur, d’aimer et servir même ses plus cruels ennemis. Elle défend de rendre injure pour injure, de se venger.

3° Cette religion si belle, et malheureusement si peu pratiquée, qui nous apprend si bien à connaître ce que c’est que Dieu et ce que nous sommes, nous impose encore de grands devoirs par rapport à nous-mêmes, savoir : de nous renoncer nous-mêmes, de nous haïr, de contrarier nos penchants au lieu de les suivre, de garder une exacte tempérance dans l’usage de toutes les choses nécessaires à la vie. Elle condamne donc l’excès, l’attache et la recherche même dans les plaisirs permis et nécessaires. Elle défend d’aimer le monde et tout ce qui est dans le monde, parce que Dieu veut tout le cœur de l’homme. Elle défend de se conformer au monde, c’est-à-dire de suivre les exemples de ce grand nombre de personnes qui ne cherchent que le plaisir, la vanité et l’intérêt dans toute leur conduite, qui, au lieu d’aimer Dieu, n’aiment que le monde. Elle prescrit au contraire de se conformer à N.S. Jésus et à ses saints, de porter sa croix en pratiquant une exacte soumission à la volonté de Dieu en toute chose, sans jamais murmurer ni s’impatienter.

 Elle ordonne de garder les promesses du baptême, de renoncer au péché, au monde, à la chair, de croire à la Sainte Trinité, en Jésus-Christ, à la Sainte Église, de recevoir dignement les sacrements, de bien se garder de les profaner en les recevant sans les dispositions nécessaires, sans conversion, sans contrition. Elle ordonne de pratiquer les vertus chrétiennes, le détachement du monde et de soi-même, l’humilité et surtout la pénitence du cœur, intérieure et extérieure, sans laquelle les confessions, les communions, le baptême si on est adulte, ne sont qu’illusion, hypocrisie et sacrilège.

Voilà de grands devoirs à remplir, Monsieur. Quel est celui qui les impose ? Un Dieu tout-puissant qui, d’une seule parole, a fait sortir l’univers du néant ; un Dieu devenu homme pour pratiquer le premier ce qu’il ordonne et souffrir dans sa nature humaine tous les châtiments que mérite l’homme pécheur, jusqu’à se faire crucifier pour réformer les hommes et les réconcilier avec leur Créateur ; un Dieu non seulement victime sur la croix, mais encore sur les autels où il est à chaque instant sacrifié un million de fois par jour pour sa créature rebelle ; un Dieu qui, d’une main, présente à l’homme l’univers pour pourvoir à tous ses besoins et, de l’autre, lui présente son cœur, sa personne, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. ». J’ose vous le demander, Monsieur : un tel maître mérite-t-il d’être obéi ?...

Voilà ce qui a fait descendre Dieu lui-même sur la terre, se faire homme, s’humilier, pleurer, coucher sur une poignée de paille, souffrir la privation de toutes choses les plus nécessaires à la vie, souffrir, mourir cloué sur un morceau de bois par les hommes et pour les hommes, après avoir établi sa religion et donné l’exemple de toutes les vertus qu’elle prescrit. Voilà ce qui le fait encore descendre tous les jours sur des millions d’autels, s’immoler, souffrir, s’anéantir, se donner. Voilà ce qui le retient en état de victime dans nos tabernacles. Voilà ce qui l’engage à venir de la droite de Dieu le Père dans la faiblesse de nos corps et de nos cœurs.

Voilà, Monsieur, ce qui m’engage à prendre la liberté de vous écrire, pour réparer les manquements dont j’ai pu me rendre coupable et pour vous prouver le grand désir que j’ai de contribuer en quelque chose à votre salut. Mon intention, en prenant la liberté de vous écrire, est de m’édifier avec vous. Si j’avais le malheur de vous déplaire, je vous supplie de m’excuser en faveur des motifs qui m’animent. Quelle récompense promet le Seigneur à celui qui gardera sa loi ? Gloire, honneur, joie, paix intérieure, consolation. Voilà, dès ce monde, la récompense de celui qui est fidèle à remplir les devoirs de la religion pour cette vie, et Dieu lui-même, dans l’autre vie, sera sa récompense éternelle.

Voilà ce que je vous souhaite, Monsieur, en vous suppliant d’agréer les profonds hommages de celui qui a l’honneur d’être avec le plus respectueux dévouement, Monsieur et respectable filleul, votre très humble et très obéissant serviteur.

Fournet, prêtre, ci-devant curé de Maillé.

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