lettre

À Sœur Marie des Anges et à Sœur Léonide.                  19 juin [1822].
À Madame Marie des Anges, religieuse, supérieure des Filles de la Croix, Sœurs de Saint-André, à Château rouge

Loué soit N.S. Jésus.

Ma Sœur Marie des Anges,

Je n'entends plus parler de vous. Je crois bien que vous êtes souvent dans l'autre vie, quoique encore charnelle ; cela ne devrait pas vous empêcher de penser à nous.
Si la route n'eût pas été si longue, vous auriez pu venir aux vacances mais vous ne viendrez ni les unes ni les autres : vous ferez votre retraite à Paris.
Je présume que votre couvent est un paradis où règnent l'ordre, l'union, la charité, pour vous supporter, vous excuser les unes les autres. Vous êtes sûrement très exactes et fidèles à votre Règlement. Jésus et Marie sont dans la maison ; la ferveur doit y régner, la tiédeur et la désunion en doivent être bannies.
Vos parents éprouvent toujours les rigueurs de la stérilité, ils ne cueillent presque que de quoi vous payer ; votre chère sœur en est bien affligée. Vous avez choisi la meilleure part ; remplissez votre tâche.
Il me vient à l'idée que vous n'avez pas été contente de ce que je vous disais dans ma lettre, que c'est la raison pour laquelle vous ne m'avez pas écrit. Tâchez donc de ne pas partager l'aveuglement du monde qui ne vit que pour la vie présente. Prêtez-vous aux occupations extérieures mais ne vous y donnez jamais tout entière. Souvenez-vous qu'en plaçant son divin Fils chez vous, Dieu vous dit : « Écoutez-le ». Et ce divin Fils vous dit : « Suivez-moi, souvenez-vous de moi ». Malheur à la religieuse qui demeure avec N.S. Jésus sans penser à lui, sans l'imiter, sans désirer son esprit et ses vertus. Vous n'êtes pas à vous. Ne faites pas un pas, n'ayez pas une pensée pour vous ni pour le monde : vos actions, vos paroles, vos pensées doivent être à Dieu. Celui à qui l'arbre appartient doit cueillir le fruit de l'arbre. Vous êtes à Dieu. Tout ce que vous faites doit être à lui. Comment est-ce que votre corps, votre âme, votre mémoire, votre entendement, votre volonté et vos sens travaillent pour Dieu ? Si nous ne travaillons pas pour Dieu, à qui appartenons-nous ? Pour qui travaillons-nous ? Pour le monde, qui nous trompera ? Notre corps, qui n'est que pourriture ? Les choses périssables, qu'il faudra quitter ? Le démon, qui nous perdra ? Allons, ma Sœur Marie, imitez en tout Marie ma Mère : la charité de Jésus, chez vous, vous presse d'être Marie de nom et d'effet.
Si la Sœur [...] ne remplit pas sa tâche, elle ne peut revenir ici, mais retourner à Chartres, sa patrie. S'il est nécessaire de vous donner une Sœur pour le catéchisme, on vous la donnera ; alors Sœur Marguerite irait ailleurs. [...]

Ma Sœur Léonide,

N.S. Jésus demeure-t-il en vous, et demeurez-vous en lui ? Sanctifiez tout ce que vous faites, et vous serez sainte. Veillez en tout temps ; ne perdez pas de vue la présence et l'état de N.S. Jésus dans la maison.

Je suis tout à vous toutes dans le Sacré-Cœur de Jésus. Votre pauvre frère,     André