lettre 163

163            À Sœur Marie-Louise et à Sœur Marie-Saint-Henri.

À Madame Marie-Louise, religieuse, supérieure de la maison de charité et d'instruction chrétienne d'Issy, près Paris. Par Paris, à Issy.

Loué soit N.S. Jésus-Christ. La Puye, le 1er décembre 1833.

Ma chère Sœur Marie-Louise,

Si ma plume vous oublie, mon âme ne vous oublie pas car je prie Dieu pour vous tous les jours, même à la sainte messe. Si je m'en rapporte à ce que vous me dites, mes prières ne sont pas exaucées. Je prie pour que vous meniez une vie intérieure, que vous fassiez de sérieux retours sur vous-même, que vous soyez recueillie d'esprit, de cœur et de conduite, que vous conserviez toujours une intime union avec Dieu, de manière à ne jamais rien faire sans sa permission.
Et voilà que vous me dites que vous êtes dissipée, indépendante, désoccupée de Dieu. L'heure est venue, ma chère Sœur, de vous réveiller de votre assoupissement. Vous êtes extérieurement dans le chemin étroit qui conduit  au Ciel ; tâchez d'être encore plus intérieurement unie au divin Époux qui vient si souvent loger chez vous. Faites à Issy ce qu'il y fait. Représentez-le  partout et tâchez que vous et vos Sœurs lui soient  unies de manière à adorer en lui, par lui et avec lui  la Très Sainte Trinité. Sans doute que vous faites régner le règlement, surtout le silence. Encore un peu de temps, et la pénitence d'Issy se changera en joie, en délices qui ne finiront jamais8. Courage : vous travaillez pour le Ciel. Vous servez le Dieu de la crèche, qui vous a si bien servie. Que son avènement soit le sujet continuel de vos réflexions, de vos affections et de vos imitations.

Ma Sœur Marie-Henri,

Réjouissez-vous : vous avez plus de part au salut que Jésus-Christ apporta sur la terre que les trois quarts du monde. Il est vraiment votre Sauveur : votre vocation à l'état religieux le prouve. Si vous trouvez en vous encore quelque chose du vieil homme, priez votre Époux de faire encore en votre faveur la fonction de Sauveur, en vous délivrant de tout ce qui peut lui déplaire en vous. Sans doute que vous êtes obéissante, régulière, intérieure, et que vous imitez en tout votre divin Modèle.

Je vous bénis toutes trois et suis votre serviteur.
J'ai l'honneur de remercier Monsieur le curé de ses bontés pour vous et de lui offrir l'assurance de mon respectueux dévouement.
André, supérieur.