Lettre sur Noël

À Sœur Marie-Justine.  fin décembre 1830 - début janvier 1831

À Madame Marie Justine, religieuse, supérieure de la maison de charité et d'l'instruction des pauvres, le Grand-Paradis, à Bayonne.

Loué soit le Saint Enfant Jésus.

Ma révérende Sœur,

Vous avez sans doute reçu la lettre que je vous ai écrite à votre arrivée à Bayonne.
Vous êtes la lumière, le modèle, la supérieure de cet établissement. Soyez supérieure dans la pratique de toutes les vertus, de la régularité, de l'humilité, du silence possible, de l'attention à la présence de Dieu, de N.S. Jésus chez vous

. Avez-vous compris le bonheur de votre état en célébrant les fêtes de Noël ?

Courage, ma Sœur, les larmes, la paille, les langes, l'étable, la crèche, tout vous dit que vous avez choisi la meilleure part, puisque vous continuez la pauvreté, l'humilité, la charité, le détachement et le zèle de N.S. Jésus pour les enfants et les malades.

Soyez donc de bonne volonté, ne résistez plus au Saint-Esprit, et vous aurez la paix, la joie, la grâce et la gloire.

Notre Saint Enfant Jésus est venu faire connaître Dieu, le faire aimer, faire craindre sa justice : continuez d'en faire autant. Puisque vous demeurez avec ce divin Modèle, vous devez l'imiter et le représenter, surtout sa vie intérieure et détachée.


Je vous prie de surveiller les classes pour prévenir la familiarité et les attaches trop humaines ; surveillez aussi, pour les empêcher, les fréquentes communions aux petites filles dissipées, peu ou point respectueuses dans la prière, recherchées dans les choses nécessaires. En général, il n'y a que ceux qui imitent N.S. Jésus qui doivent recevoir N.S. Jésus souvent. Et surtout, il faut faire lire et expliquer le Petit Livre.


Je vous prie d'observer que votre maison est une église, un paradis où Dieu habite. Soyez donc toutes célestes, comme la divine Marie ; conservez dans vos cœurs l'attention aux mystères que nous rappelons à notre souvenir. Il y en a un à Bayonne qui n'est pas connu. Vous y êtes aussi comme des étrangères inconnues pour honorer la Sainte Trinité dans votre emploi.

Oh ! que votre maison, vos cœurs, soient donc comme un tabernacle où la Sainte Trinité est honorée comme elle l'est dans les tabernacles des églises. Faites régner la Règle, le silence, la visite, les examens, l'oraison, la coulpe, les élévations de cœur, la vie et l'esprit intérieurs. Faites sentir aux petites et aux grandes que, quand le Maître se tait, les servantes doivent se taire, adorer, remercier et s'anéantir.
Si les mouvements de Bayonne vous exposent, vous pourriez vous retirer à Igon ou ailleurs. J'observe à la Bonne Sœur, que j'ai l'honneur de saluer en N.S. Jésus ainsi que ses compagnes, que les chemins par Cahors sont très mauvais et que l'hiver semble s'opposer à ce qu'elle prolonge son chemin.


Je souhaite que vous mouriez, que vous soyez ensevelies à la fin de l'année – ce sera le moyen d'obtenir des années éternelles que je vous souhaite à toutes – et suis de vous toutes le dévoué serviteur et frère.          André.