lettre 150

150           À Sœur Marguerite, à Sœur Saint-Julien, à Sœur Saint-Honoré

                        et à Sœur Saint-Ambroise.

20 juin [1833].

À Madame Marguerite, religieuse, supérieure de l’hospice de Patay, près Orléans. Par Orléans, à Patay.

            Ma Sœur Marguerite,

            Puisque N.S. Jésus vous fait part de son humilité et de sa grandeur, imitez ce divin Modèle : soyez au milieu de vos Sœurs et de la paroisse comme la servante de tous. Qui est plus supérieur que N.S. Jésus ? et qui est plus inférieur ? Il ne paraît rien ; soyez donc cachée avec lu mais que l’exemple de toutes ses vertus paraisse en vous. Oh ! surtout, que l’ordre, la Règle, la charité, le silence possible, les examens, la visite, la lecture, l’oraison, les élévations de cœur, que tout cela règne et le divin Jésus se plaira en vous comme dans le Ciel et vous lui ferez réparation du passé.

            Ma Sœur Saint-Julien,

            Où êtes-vous ? En Dieu, avec Dieu. Venez-vous de Dieu ? À qui appartenez-vous ? À Dieu. Oh ! ne vivez donc que pour Dieu. Êtes-vous plus occupée du Père, du Fils et du Saint-Esprit que de toute autre chose ? L’état, la vie cachée de N.S. Jésus-Christ sont-ils la règle de votre conduite ? C’est pour cela qu’il est chez vous, pour être votre modèle.

            Vos malades sont-ils aussi contents de Sœur Ambroise que de Sœur Saint-Martial ? Si Monsieur Gassau et les Sœurs aiment mieux Sœur Saint-Martial, on pourrait faire l’échange.

            Vous viendrez aux vacances.

            Ma Sœur Honorée,

            Puisque vous êtes toujours malade, il faut venir à La Puye pour guérir votre âme et votre corps.

            Vous rappelez-vous de cette petite Forget, pieuse, humble, docile, fidèle à ses devoirs ? Je crains qu’elle ait disparu et qu’Honorée Forget, souvent sans attention à la présence de N.S. Jésus avec qui elle demeure, sans imitation de ce divin Modèle, sans crainte de lui déplaire, sans reconnaissance de ses bontés, en ait pris la place. Oh ! ma Sœur, qu’il est dur le cœur qui demeure avec Jésus sans s’occuper de lui, sans union avec lui et sans faire paraître dans sa conduite les vertus de ce divin Chef ! Soyez donc un autre Jésus sur la terre, et vous serez Jésus-Christ dans le Ciel.

            Ma Sœur Ambroise,

            Vous savez que vous avez ressuscité à La Puye ; n’êtes-vous pas morte à Choise ? Oh ! ne vivez donc plus à Patay, mais que ce soit Jésus qui vive en vous.

           

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus, et suis votre serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

Sœur Saint-Sébastien est à l’agonie. Sœur Modeste est poitrinaire. Priez pour nous tous.