A soeur Perpétue aux soeurs...

 

110      À Sœur Marie-Perpétue, aux Sœurs Théodosie et Léocadie,

                        aux Sœurs Théodore et Théodice, et à Sœur Saint-Bertrand.

20-21 octobre 1831.

À Madame,

Madame Marie-Perpétue, religieuse, supérieure des Filles de la Croix, maison de charité et d’instruction chrétienne, par Bayonne, à Ustaritz, Hautes-Pyrénées. Par et près Bayonne, à Ustaritz.

            Ma révérende Sœur Marie-Perpétue,

            Je serais bien content si la Sœur Angèle peut réussir et devenir capable d’administrer votre petit noviciat, et surtout d’y former N.S. Jésus dans toutes les Sœurs. Demandez cette faveur à la Sainte Trinité, par les mérites de N.S. Jésus.

            Vous pourrez donner l’habit, faire faire des vœux à toutes les postulantes et novices que le confesseur et vous trouverez bien disposées. Vous les ferez examiner par un prêtre désigné par Monseigneur, comme c’est l’usage.

            Si la Sœur Marie-Justine fait le bien à Bayonne en remplissant la tâche d’une bonne supérieure, capable et régulière, je crois que vous ne devez plus balancer de faire le changement nécessaire : placez la Sœur Saint-Marc ailleurs. On en tirerait mieux parti si l’on pouvait la mettre supérieure quelque part. Si les autres Sœurs nuisent à l’ordre et sont opposées à Sœur Marie-Justine, tâchez de les changer.

            Quand vous traitez pour des postulantes religieuses, il faut traiter d’une manière solide et que la dot soit suffisante et assurée ; le plus sûr serait de [la] recevoir.

            Sitôt que Sœur Angèle sera formée, faites le nécessaire : vous reposer, vous rétablir et nous édifier. Nous vous désirons pour renouveler l’air de La Puye qui a été malsain pour un grand nombre de Sœurs qui ont perdu leur vocation et qui ont été renvoyées. D’autres vierges sages sont dans le Ciel4.

            Je vous bénis toutes, je vous salue avec respect et suis votre tout dévoué serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

La Puye, le 20 octobre 1831.

J’écris d’autre part aux Sœurs, par économie.

La Bonne Sœur se porte bien en [..] aussi.

            Mes chères Sœurs Théodosie et Léocadie et autres postulantes,

            Puisque vous avez lieu de croire que vous avez vaincu le monde, la chair et le démon, puisque vous ne sanctifiez plus le nom de votre amour-propre mais le nom de Dieu, puisque l’amour des faux plaisirs, des vanités du monde ne règne plus en vous, mais la croix, le Dieu de la croix règne plus, puisque vous ne faites plus votre volonté, mais celle de Dieu et de vos supérieures, revêtez-vous du saint habit religieux, pourvu que vous soyez revêtues de l’esprit de Notre Seigneur Jésus : sans cela, vous ne feriez que rôle de comédienne en prenant l’habit. Celui qui n’a pas l’esprit de Jésus-Christ ne lui appartient pas. N’oubliez pas que c’est l’amour de N.S. Jésus pour vous qui l’a engagé à se revêtir de la nature humaine. C’est aussi votre amour pour lui qui doit vous revêtir du saint habit.

            Mes Sœurs Théodore, Théodice, et autres,

            Puissiez-vous bien comprendre le don de Dieu dans votre vocation ! Quoi ! tandis que les autres filles cherchent leur félicité dans les trompeuses vanités du monde, les faux plaisirs, vous préférez la croix, les humiliations, les privations ! D’où vient cette sagesse, mes Sœurs ? De notre Père, du Fils et du Saint-Esprit, par les mérites du bon Jésus. Ah ! mes Sœurs ! répétez donc avec la Reine des vierges : Mon âme glorifie le Seigneur, celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses. Oui, je consens que vous épousiez, ah ! qui ? le Dieu du ciel et de la terre ! Venez aux noces. L’Époux de ces noces, c’est N.S. Jésus. L’épouse ? C’est vous.

            Ma Sœur Saint-Bertrand et autres,

            Si vous me demandiez l’habit mondain, je vous le refuserais parce qu’il est opposé à la crèche et à la croix. Vous me demandez l’habit religieux, je vous l’accorde parce qu’il est conforme au calvaire, à la crèche, à l’autel. C’est la robe de noces. Si votre confesseur, votre supérieure Marie-Perpétue vous jugent dignes de célébrer vos noces spirituelles, c’est-à-dire faire vos premiers vœux en prenant l’habit, j’y consens, parce que j’ai la confiance que Celui qui a commencé le grand ouvrage de votre sanctification le perfectionnera.

            Courage, mes Sœurs, la couronne de gloire dont les vierges sages ont été couronnées dans la salle du festin est suspendue sur vos têtes, tandis que le malheur est suspendu sur la tête des vierges folles qui ont mis l’idole de la vanité à la place du Seigneur. Mais n’oubliez jamais qu’il faut être religieuse religieuse et qu’une vraie Fille de la Croix est une fille d’humilité, de pauvreté, de détachement, d’obéissance, de patience, de douceur, de recueillement.

           

            Je vous bénis toutes, je vous salue en N.S. Jésus et suis, de vous toutes, le dévoué serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

La Puye, le 21 octobre 1831.

Priez pour nous. Nous prierons pour vous. Toutes vos Sœurs vous aiment.